Je vais faire aujourd'hui de la discrimination... après tout, je sais que si je dis "article interdit aux messieurs", je ne cours pas grand risque.
Je vais prendre avec moi toutes celles qui aiment les poupées, les jolis objets, les travaux manuels...
Mais pas qu'elles, bien sûr.
Il y aura aussi tous ceux qui ont envie de voyage, de tour du monde...
Alors, même si quelques-uns de mes visiteurs osent continuer à lire, ils ne risquent qu'une piqûre de rappel pour doux rêveurs quichottiniens.
Ne vous inquiétez pas, cela ne fait aucun mal.
On y va ?
Un jour, j'étais chez Katia...
– Tu vas chez elle ? Mais pourquoi ? Tu as envie qu'on te dise "sois belle et tais-toi" ? Tu n'as rien d'une midinette, tu ne te maquilles pas, tu n'es pas du tout "fringues" ni chaussures...
D'accord, mais tu auras beau dire, je suis malgré tout une nana...
– ... de bientôt soixante ans. Ne crois-tu pas qu'il serait temps de prendre des aiguilles à tricoter et de nouer tes cheveux en chignon sur la nuque ?
Je ne peux pas... ils sont désormais trop courts !
– Alors, fais-les pousser !
Tu as de ces idées ! Ben non, je resterai comme ça. Et je continuerai d'aller rendre visite à Katia, de rêver que j'ai, voyons, de nouveau quinze ans... et qu'au lieu de me plonger jour et nuit
dans mes livres, je sors, je fais les boutiques, je rigole avec mes copines... Je me trouve des idoles devant lesquelles je me pâme...
Je pourrais. Après tout, tu sais bien que tout est possible en Quichottinie !
– Tu porterais des talons aiguilles ? Je croyais que tu préférais te promener pieds nus dans l'herbe mouillée, comme les elfes ou les fées !
Euh... Là, tu me poses une colle. Je n'en ai jamais porté... Je n'aime rien tant que ce qui est confortable...
Mais... oui, j'aimerais bien avoir une jolie robe... Tiens, comme celles que confectionne au crochet Marie-Poupées !
Je l'ai rencontrée chez Katia... Elle venait de nous montrer Maroussia.
– Ah... Voilà pourquoi tu nous parlais d'elle au lieu d'aller directement au but !
J'ai suivi un lien... et je me suis perdue !
– Tu peux encore te perdre, toi ?
Oui, bien sûr ! J'étais comme une enfant devant une vitrine où l'on a mis tout ce qu'il aime... Je suis sûre que tu n'en serais pas revenu !
J'allais de page en page, je feuilletais les albums, je m'émerveillais devant l'habileté de mon hôtesse, et devant ses mises en scènes...
Tu vois, j'aurais pu aller vers le soleil couchant, franchir l'océan, devenir l'une de ces belles qu'un gentilhomme aux yeux sombres contemplerait de loin, sans oser l'approcher – cela ne se fait
pas si l'on ne veut pas perdre la vie dans un combat pour l'honneur, même si l'on s'appelle Diego de La Vega et qu'on chevauche à la nuit tombée un magnifique étalon noir...
J'aurais pu, au contraire, suivre les pas des premiers grands voyageurs, et aller vers l'Orient.
J'y marcherais à petits pas, la taille ceinturée de soie.
Un dragon veillerait sur moi et me protègerait jour et nuit...
Je n'aurais rien à craindre et un éternel sourire fleurirait sous mon maquillage blanc.
Je pourrais faire le tour du monde en suivant les
poupées de Marie.
Je pourrais revisiter l'Histoire, celle qu'on
écrit avec un H majuscule...
Je pourrais même retrouver les personnages de l'un de mes
films préférés.
Je pourrais...
– Tu pourrais ? Mais alors, pourquoi ne l'as-tu pas fait ?
Tu nous envoies là-bas, comme ça, juste parce que c'est dimanche et que tu crois que nous avons le temps ?
Je ne sais pas... Peut-être parce que c'est dimanche, c'est vrai, et que de tous les endroits que j'ai visités grâce à elle, sur les pages feuilletées à la hâte dans mon envie de tout voir, de
tout savoir... si je ne devais garder qu'un seul paysage, qu'une seule poupée, je la prendrai ici, en hiver, à Paris.
Elle apportait aux visiteurs de Marie ses voeux :
"Si votre coeur est rempli de désirs et de rêves qui colorent la vie, que cette nouvelle année accomplisse vos plus beaux souhaits et se remplisse des couleurs du bonheur !"
Marie-Poupées, 31.12.2011
Merci pour ce voyage, Marie.
(Un "clic" sur chaque photographie vous la montrera sur sa page originale, chez son auteur.)
...
De vous à moi