On m'a posé une question aujourd'hui :
"Ne pourrait-on penser des blogs ce que Sagan disait du tricot, qu’il est la grande ressource des femmes malheureuses ?"
Il faudra que j'y réfléchisse avant d'y répondre... ou non.
Le premier avantage d'un blog, c'est que l'on peut y faire ce que l'on veut, quand on veut. On peut même répondre à des questions que l'on n'a pas posées, ou ne pas répondre à celles qui attendent
sagement dans des tiroirs à secrets.
Je crois bien que c'est le seul endroit qui le permette dans nos vies.
– Ah oui ? Le seul ?
Oui. Ou peut-être l'un des rares, mais j'ai tendance à penser qu'il n'y en a pas d'autre.
– Ben si... quand tu es chez toi, tu peux faire ce que tu veux. C'est ta vie privée, personne ne peut rien t'imposer...
Tu crois ?
– Pas toi ?
Non. Bien sûr, je suis plus libre chez moi, qu'au travail, ou en société... Mais...
– Ben voilà !... Je savais bien qu'il y aurait un "mais" ! Quand donc cesseras-tu de brider tes rêves ?
Il n'est pas question de rêve, il est question de réalité.
Lorsqu'on ouvre une fenêtre, qu'on lui donne une adresse, un nom, c'est comme une naissance. Une naissance sans faire-part, à moins qu'on ait beaucoup de chance, ou la science infuse de ce monde
nouveau.
La vérité, c'est que la plupart du temps on ne sait pas à quoi l'on s'engage, on ne sait rien.
– Y a-t-il tant à savoir ?
Oui... Le monde des blogs est un monde incroyable. On y fait des rencontres de toute sorte, de bonnes, le plus souvent, et, parfois, de mauvaises. Il faut apprendre à éviter certains pièges. Il
faut apprendre à lire au-delà des mots et des images. Il faut être attentif... attentionné ?
Il faut apprendre à écouter.
... comme en pénétrant dans une forêt.
– Toi, tu entrais dans ta Quichottineraie...
Non, pas lorsque j'ai ouvert la Bibliothèque. Je voulais y parler de Don Quichotte...
– Tu voulais faire de la "vulgarisation"...?
Non, je voulais partager une passion. Montrer qu'un livre que l'on dit "ardu", même dans son pays d'origine, ne l'était pas vraiment. Il suffit de le lire doucement, page après page, à son
rythme, en prenant le temps nécessaire aux multiples découvertes qu'il propose, en laissant Cervantès vous apprendre ses mots, son style, ses pirouettes aussi.
– Ses pirouettes ?
Oui. Quand il veut emmener son lecteur là où ce dernier ne souhaite pas aller... il trouve des subterfuges, il appâte avec des histoires à dormir debout. Mais, finalement, il nous y apprend plus
sur notre monde que dans bien d'autres romans.
J'avais rendez-vous avec lui, enfin, je le croyais, lorsque j'ai ouvert ma fenêtre... quand j'ai posé mes premiers mots et publié ma première page.
– Et maintenant ?
Maintenant ? Si je voulais faire un bilan, établir un pourcentage des pages qui lui sont effectivement consacrées... j'aurais honte de moi.
– Pourquoi ?
Parce que peu à peu, ma Bibliothèque s'est transformée. En grandissant, il a fallu qu'elle trouve sa personnalité... Après de multiples crises d'adolescence, elle s'est installée dans un domaine où
je ne sais jamais d'un jour à l'autre ce que j'y trouverai.
Les livres y sont, toujours, évidemment. Ceux qu'on
achète dans les librairies, virtuelles ou non ; ceux qui ne sont plus qu'en bibliothèque ou vendus d'occasion sur les sites spécialisés ; ceux qu'on ne trouve que dans notre monde, en
autoédition.
– Pourquoi en parler ?
Parce que c'est mon rôle à moi... Je me suis autoproclamée "bibliothécaire", alors, je montre, je donne la plus grande place à mes découvertes, à ce ou ceux que j'aime.
– Pourrais-tu faire autrement ?
Je crois que oui... mais je n'en suis pas sûre.
Je sais que j'aime tricoter les mots, en faire de jolies pages, multiplier à l'infini les motifs, broder sur des images... sans forcément me demander si vous les aimerez aussi, mais frémissant à
l'idée que vous pourriez ne plus les lire.
Un livre qui prend la poussière sur une étagère, sans plus jamais être lu, est un livre qui meurt.
Qu'en est-il de nos blogs ?
Il faut que j'y réfléchisse encore.
Mais, avant de continuer, Je vais prendre le temps nécessaire et vous dire...
– À demain ?
Oui, à demain... si vous le voulez bien !
...
De vous à moi