Pour ceux qui ne feraient qu'une brève incursion dans la Bibliothèque, un résumé de l'action serait nécessaire, mais je vais seulement leur donner le lien vers le premier acte. Ensuite, il suffira
de passer chaque fois au suivant...
Je sais, c'est tout à fait hors sujet, mais j'avais envie de l'écouter...
Nous dirons que c'est le fond sonore qui accueille le spectateur à son retour de l'entracte.
La nuit est tombée.
(N'oublions pas que nous sommes le 5 décembre et que l'attente au centre de tri a été longue, très longue.)
Il nous reste à rentrer, refaire les enveloppes des cinquante et un exemplaires de La Boîte à Rêves qui devaient être expédiés en "Lettre verte" à la Poste.
Nous avons encore 50 timbres à 2,30 € à utiliser... Il nous faut donc leur complément à 3,10 € et le timbre manquant.
Je pourrais vous faire calculer, mais je vais éviter pour ne pas perturber ceux qui n'ont pas le temps. Je dois acheter cinquante timbres à 0,80 €... ou ce qu'il faut pour que cette somme figure
bien sur le recto de chaque envoi.
Un seul endroit pour me les procurer à cette heure tardive : la poste principale.
J'ai l'impression de revoir une scène déjà vécue...
– Bonsoir Madame, je voudrais cinquante et un timbres à 0,80 €, et un timbre à 2,30 €...
– Des timbres à 0,80 € ? Mais ça n'existe pas !
– Vous avez peut-être ce qu'il faut pour faire 0,80 € ?
– Je vais regarder...
Sortie du fameux trieur... et, oui, j'ai de la chance. Ce seront des timbres à 50 centimes et des timbres à 10 centimes, trois pour chaque enveloppe...
J'ai tellement hâte d'en avoir terminé que j'opine, je prends, je paye (dans le désordre : en fait, il faut payer d'abord avant de recevoir les timbres achetés)... et je me sauve très vite de
peur que ne surgisse une nouvelle catastrophe.
Ce pourrait être... voyons... l'intrusion de forcenés dans le bureau de poste... prise d'otage, avec intervention du GIGN à la clé...
Non, bien sûr, je plaisante. Il pleut et les truands de pacotille ont préféré s'affaler devant leur téléviseur pour regarder Monk sur TMC.
Je retrouve mon époux au centre commercial où il est allé chercher deux paquets d'enveloppes... Tout va bien : Ils n'étaient pas en rupture de stock.
Retour au logis...
(Derrière le rideau qui s'est refermé, on entend la pluie, les pneus qui roulent et glissent en freinant sur la chaussée mouillée, les injures des passants éclaboussés sans le vouloir... La
sirène des pompiers... et, dans le lointain, celle d'une ambulance. La lumière est vive lorsque le rideau s'écarte de nouveau.)
Quichottine allume son ordinateur, retrouve de quoi imprimer de nouvelles étiquettes. Il faut remplacer les enveloppes une à une...
– Mais pourquoi ? (intervention de Monsieur Mari qui ne sait pas vraiment ce qu'il y avait dans les envois...)
– Les mots ne sont pas pour tous les mêmes !
– Tu as mis des mots ?
– Bien sûr ! Ils ne sont pas très longs, mais les souscripteurs avaient tous envoyé un petit mot avec leur chèque... je n'allais pas leur envoyer leur livre sans remerciements ?
– ...
Il ne dit rien, mais il comprend. Je crois qu'il aurait fait pareil à ma place.
Les enveloppes abîmées tombent une à une dans la corbeille et La Boîte à Rêves en retrouve une, intacte, sur laquelle je colle la nouvelle étiquette...
gain de temps même si je m'aperçois qu'il en manque et que je devrai les écrire à la main. C'est mieux que rien.
Bruit de sèche-cheveux dans la salle de bain.
Quichottine s'interroge, et, inquiète, ouvre la porte du fond de la scène.
On aperçoit Monsieur Mari qui sèche les timbres qu'il vient de décoller des vingt-cinq enveloppes qui n'avaient pas été découpées au centre de tri. Pendant que son épouse s'affairait sur les
vingt-six autres, il a terminé le travail.
Les timbres, allongés sur une serviette de toilette, frétillent sous la caresse de l'air chaud, se dandinent avant de se retourner pour montrer le côté pile après avoir montré leur face verte...
Quichottine se frotte les yeux... Il est temps que tout cela se termine : il est tout à fait certain qu'elle souffre d'hallucinations !
Monsieur Mari sourit, il sait qu'il vient de lui donner un sacré coup de main.
Quichottine retourne à la table où elle s'est installée et elle continue la série d'enveloppes avec celles récupérées dans la salle de bains.
Quand tout est prêt, elle prépare les timbres...
Avez-vous entendu une bibliothécaire chantonner ? Il paraît que cela donne du courage.
Les timbres sont humectés à l'éponge, collés, pour ceux qui étaient neufs, ou collés à la colle blanche pour ceux qui venaient d'être décollés et séchés par Monsieur Mari qui les a apportés à
Quichottine entre-temps.
Les souscripteurs n'y verront que du feu, sauf ceux qui vont se demander pourquoi certaines pochettes transparentes sont un peu abîmées...
Cinquante et une enveloppes, réparties en trois piles égales, ça fait combien d'enveloppes par pile ?
Tout est prêt désormais...
Mardi, une charmante postière acceptera tous les paquets et enveloppes en instance, et en aura effectué les formalités en moins d'un quart d'heure.
(Il restait alors à peser et affranchir les enveloppes à destination de l'étranger et des DOM-TOM, les envois contenant trois livres chacun, et surtout les cinq colis dont le contenu plus
important justifiait, selon moi, de l'utilisation d'un suivi, soit vingt-sept vignettes à imprimer.)
Un petit quart d'heure, et une gentillesse extrême, malgré un poste de travail qu'un contrôleur ès qualité aurait trouvé inadapté. Entre chaque pesée, la préposée devait faire trois pas pour
passer de l'ordinateur à la balance... Je suppose que c'était pour lui éviter les problèmes de circulation sanguine qui n'auraient pas manqué de surgir si elle était restée assise toute la
journée ?
Je plaisante... mais j'admirais sa rapidité dans le geste, sa précision, son fair-play.
Merci, Madame, vous m'avez montré qu'une "Dame des Postes" peut garder le sourire et même plaisanter tout en faisant impeccablement un travail bien ingrat.
Voilà comment, mardi dernier, je pouvais affirmer que les 200 livres de la souscription de La Boîte à Rêves avaient tous été postés.
Il vous reste à m'indiquer par mail que vous l'avez bien reçu...
Merci à tous.
...
De vous à moi