Lorsque le rideau se lève, pour le troisième acte, les spectateurs en connaissent déjà le dénouement... mais ce n'est pas vraiment grave et cela ne saurait nuire au déroulement de l'intrigue.
N'avez-vous jamais assisté à la projection d'un film ou lu un livre où l'histoire commençait par la fin ?
Moi si. Je dois avouer que c'est sans aucun doute la raison pour laquelle je suis une mauvaise lectrice de romans policiers.
Même lorsque le criminel n'est pas dévoilé dans les premières pages, je file à la fin : je veux savoir le nom du coupable. Dès que je sais le "quoi", il me faut aussi le "qui"... Ensuite, je lis
tranquillement – à l'endroit – pour comprendre le "comment".
Il en est de même ici. Certains d'entre vous ont déjà reçu leur(s) exemplaire(s) de La Boîte à Rêves et ils savent donc bien que les obstacles, les
quelques ennuis dont je parlais hier n'ont eu d'autres conséquences que celles de me mettre sens dessus dessous depuis mon retour.
Ils le savent et ceux qui ne le savent pas encore s'en doutent : les livraisons ont eu – ou auront lieu – dans les meilleures conditions possibles... Il suffisait de se persuader qu'il n'aurait
pas pu en être autrement.
Donc, nous voici dans le premier tableau de l'acte 3... Il s'agit d'un "flashback"... Fondu enchaîné sur une silhouette qui passe rapidement entre les nombreux badauds d'un centre commercial.
Silhouette féminine, drapée dans un poncho où elle essaie vainement de dissimuler les ravages du temps.
Vous savez, c'est comme lorsqu'une ruine s'habille de verdure, on aperçoit les pierres qui savent si bien accrocher la lumière au soleil couchant, mais, pour en savoir davantage, il faudra
pénétrer sous les taillis, écarter les ronces, et même peut-être l'oiseau y laissera-t-il des plumes au passage.
L'oiseau ? Mais que vient donc faire là cet oiseau ? Je ne sais pas. J'avais envie d'entendre une trille, de voir revenir les hirondelles...
Ce ne sera pas aujourd'hui.
Donc, nous sommes vendredi...
– Et pourquoi pas dimanche ? Hier, nous étions samedi...
Non, pas samedi, hier, nous étions mardi.
– Tu ne vas pas encore t'en sortir avec des pirouettes, des digressions à n'en plus finir. Pourquoi donc vendredi ?
Parce que vendredi, nous rentrions du bout du monde et j'en profitais pour aller chercher des timbres...
– Des timbres ? Pourquoi faire ? Tu n'écris presque jamais ! Tu as tant de courrier en souffrance qu'il te faudrait maintenant des jours et des jours pour en venir à bout !
Il n'est pas question de lettres, de courrier... mais d'une série d'enveloppes à préparer !
– Ah... Tu voulais les timbrer ! J'ai compris ! C'est pourquoi tu disais hier que pour L'Atelier de Mijoty, tu étais mieux préparée !
(Dans la bibliothèque endormie, le Lutin bleu sautille d'un pied sur l'autre, se trémousse comme si...)
Tu as envie de faire pipi ?
– Que nenni ! Pourquoi ?
Parce que tu sembles être sur les charbons ardents, et il n'y a ici aucun feu !
– Et bien... Je voudrais savoir où tu allais comme ça et ce qui s'est passé pour que tu en sois revenue bredouille !
Je voulais des timbres... des timbres pour lettres vertes à 3,10 €, des timbres à 4 €, des timbres rouges aussi, pour lettres prioritaires, des liasses...
– ... de billets ?
Oh ! J'aurais bien aimé ! J'aurais pu dévaliser une banque... Il y en a à chaque coin de rue. J'avais besoin de préparer mon expédition...
– En Tanzanie ? ... ou tout là-bas, dans La Mancha ?
Ni l'une ni l'autre, il s'agissait d'avoir tout préparé pour les livres, ne plus avoir qu'à les glisser dans l'enveloppe afin de pouvoir ensuite les mettre directement au centre de tri...
– Tu pouvais les mettre dans une boîte...
Non, tous les rêves qui avaient été confiées à ce beau recueil ne pouvaient pas y entrer, il y en avait trop !
Je suis donc allée à la poste principale, pensant que, là-bas, ils auraient tout.
– Et alors ?
Une dame charmante m'attendait... mais elle n'attendait pas que moi, hélas !
Il a fallu faire la queue à l'unique guichet qui est resté "postal" dans un lieu où tout semble désormais consacré à la Banque du même nom. Un seul guichet pour les demandes particulières, les
retraits de colis, les recommandés, les affranchissements, et même la philatélie... Un guichet unique pour une ville qui comporte suffisamment d'activité en centre ville pour qu'il soit toujours
débordé. Mais bon, il ne faut pas râler, ce n'est pas sa faute si la petite poste du village est en travaux. Nous avons de la chance, nous avons encore un bureau de poste...
Je patientais... jusqu'au moment où je me suis trouvée devant elle, sans plus personne entre nous.
– Bonjour. J'aurais voulu 51 timbres à 3,10 € s'il vous plaît, 10 timbres à 3,25 € et...
– Mais... je n'en ai pas. (La dame avait blêmi mais essayait de garder contenance.) Je vais aller voir si derrière ils en ont...
Je patientais encore. (Mais les clients qui me suivaient commençaient à se demander s'ils avaient bien fait de venir à cette heure.)
– Il n'y en a pas... Nous n'avons que des timbres pour les courriers de moins de 250 grammes. Il va falloir en mettre plusieurs.
Elle se met à compulser fébrilement le trieur où sont rangées les timbres par planches complètes... certains compartiments sont désespérément vides. Il faudra... voyons, coller six ou sept
timbres par enveloppe à moins que je ne puisse imprimer des vignettes... à l'unité sur la machine qui permet d'affranchir soi-même les colis.
– Vous ne pouvez pas imprimer directement un rouleau de cinquante et une vignettes toutes au même tarif, ou plusieurs planches de dix étiquettes ?
Lui aurais-je demandé la lune ? Elle me regarde bouche-bée. C'est évidemment impossible.
– Le plus simple, c'est que vous veniez avec vos objets à affranchir, et que vous utilisiez la machine.
J'ai honte, mais je crois bien que j'ai soupiré bruyamment. La machine, bien sûr... Il n'y en a qu'une en service, et une queue interminable de personnes qui se heurtent à son fonctionnement pas
toujours régulier.
– Merci bien. Je crois que j'irai directement affranchir ces envois à l'espace entreprise du centre de tri.
Soulagement de ceux qui sont derrière moi... et fin de l'acte III.
(À suivre)
...
De vous à moi