Je devrais être en train de vous rendre visite, de vous répondre, de me détendre devant des images et des mots qui, j'en suis tout à fait certaine, me changeraient de la morosité ambiante et de
la pluie qui tombe inlassablement, essayant sans y parvenir d'effacer les nuages...
Mais non... et je vous assure que je n'y suis pour rien.
Certains d'entre vous seraient en droit de râler... Mais à quoi donc suis-je occupée depuis mon retour vendredi ?
J'ai rendu visite à certains d'entre vous (il y avait de nombreux avis de parution d'articles dans ma messagerie. Visiblement, OB n'avait pas bugué pendant mon absence...
), j'ai même pris le temps d'écrire un article pour vous faire patienter encore un peu.
Mais depuis ?
Depuis... Il faut que je vous raconte. Ce pourrait, voyons, être une pièce en cinq actes. Voulez-vous ?
Acte I
Il fait gris... Quichottine vide sa valise, doit faire un peu de lessive, comme chaque fois qu'elle rentre de voyage.
(Il y a des moments où je voudrais porter une armure, au moins, je n'aurais pas à la repasser.)
L'humidité qui sévit dans le logis la fait éternuer :
– Aattt... choum ! Où sont donc passés les mouchoirs en papier ?
(Là, il faut imaginer une bulle en forme de lampe qui s'éclaire, juste au-dessus de ma tête : Idée !... Et si j'utilisais l'un des grands mouchoirs à carreaux volés à monsieur mon époux qui
n'aime pas tout se servir de ceux dont la publicité vante le côté plus hygiénique en oubliant qu'ils sont aussi beaucoup moins économiques, plus polluants que ceux qu'utilisaient nos
grands-parents...)
Mais, alors qu'elle fouille impatiemment le tiroir de la commode où ils sont habituellement...
– Drinnnng !
À cette heure, qui ose déranger la maîtresse de maison ? Le facteur bien entendu !
D'ailleurs je l'attendais... il aurait dû passer la veille : on m'a annoncé une livraison prochaine...
Un, deux, trois colis qui n'entreraient pas dans ma boîte aux lettres.
Devant la porte ouverte prudemment, le préposé, sourit.
(La sus nommée maîtresse de maison, toute à ses tâches ménagères a totalement oublié qu'elle était encore en tenue d'intérieur, et pas coiffée... Une Quichottine à demi hirsute, encore
ensommeillée et le nez tout rouge d'un rhume qui vient de se dévoiler après avoir couvé longtemps, je vous assure que c'est un tableau où un caricaturiste n'aurait pas grand chose à ajouter...)
– Bonjour !
– Bonjour Monsieur, répond Quichottine qui n'a pas encore oublié ses bonnes manières mais qui trouve que ce sourire vaut toutes les "Madame" du monde. Le jeune homme a les yeux qui rient aussi,
et des dents qui captent la lumière et soulignent le noir pas vraiment noir de sa peau.
(Ma petite-fille, à trois ans, parlait de la peau "marron" de ceux que nous croisions sur notre promenade. À la même période, je pouvais évoquer dans mes écrits les enfants "de toutes les
couleurs" de mon quartier)
– Je suis passé hier, mais vous n'étiez pas là...
– C'est gentil de repasser aujourd'hui... Merci !
C'est vrai que c'est gentil : il aurai pu se contenter de laisser un avis de passage dans ma boîte à lettres. Il ne l'a pas fait.
Je le vois descendre de sa camionnette un colis, puis deux, puis trois...
Me voilà consternée...
Je crois que j'aurais volontiers éclaté en sanglots ! Nos jolies Boîtes à Rêves ! Dans quel état seraient-elles ?
Je regarde le facteur, qui semble désolé, mais sans plus :
– Il pleut, les cartons ont pris l'humidité, ce n'est pas si grave !
– Mais il y a des livres dedans ! Ils seront abîmés, sans aucun doute !
Il me tend le lecteur électronique sur lequel je dois apposer la signature qui prouve la bonne livraison du colis...
Je le regarde, hésite, puis lui dis :
– Je vais émettre des réserves...
– Si vous voulez...
– (in petto) Tu parles ! Bien sûr que je veux !
(Vous imaginez ma déconvenue si je dois recommander la moitié de la souscription, à mes frais ?)
– ...
(... Lui, il doit savoir que cette réserve n'est pas valable, mais il ne m'en dit rien.
)
J'écris, tant bien que mal, mes mains tremblent, ce doit être la fièvre.
Je signe et lui rend son outil de travail. Il repart non sans me gratifier d'un "Au revoir, Madame !"
Entre-temps, j'ai dû monter dans son estime à moins qu'il ne souligne ainsi mon incapacité à agir comme un homme...
Qu'aurais-je fait si j'avais eu quelques centimètres de plus, quelques muscles bien placés, et une grosse voix ?
Je lui aurais dit : "Monsieur le préposé, vos colis sont infâmes, veuillez les retourner à l'expéditeur qui verra ce qu'il y a lieu de faire. Moi, je ne signe pas
!"
... Mais où sont donc les postes d'autrefois, où l'on pouvait déposer sans rien craindre nos objets les plus fragiles ?
(À suivre)
...
De vous à moi