Je vais vous faire un aveu... Je n'avais jamais lu
Liza.
– Ah non ? Comment fais-tu alors pour lui déposer chaque jour un commentaire ?
Tu inventes ? Tu copies-colles ? Ce n'est pourtant pas ton genre !
Ben... C'est vrai que je fais partie de ses abonnés, je reçois ses articles, et je vais les lire. J'aime bien Liza, depuis le premier jour.
J'avais lu, sur le côté de son blog, une invitation très prometteuse.
Ne partez pas comme ça, il y a de l'eau fraîche et des oranges pressées dans le réfrigérateur, et aussi une bouteille d'ouzo ... Il fait soleil, vous avez bien le temps de vous arrêter, nous
avons tant à nous dire ...
Il faut dire que sa "
maison", ce n'est pas rien. Elle est si loin que j'ai toujours l'impression de prendre l'avion
pour aller la voir... Le gris du ciel se fait azur et elle trouve souvent le moyen de me faire rire.
Là-bas, je redeviens enfant... Je m'étais dit que je lirais un jour l'un de ses contes de fées... J'étais sûre de m'y retrouver.
– Alors ? Tu l'as fait ?
Eh bien... Non. C'est à cause de la cantine...
– La cantine où Liza nous fait manger de temps en temps ? Où elle nous invite à déguster des plats venus
d'ailleurs et qui ont goût de soleil ?
Non, pas du tout... Mais vous ne perdrez sûrement pas votre temps si vous passez à côté un jour...
Liza, c'est tout un poème... Non, mieux que ça. C'est une philosophie.
– Une philosophie ? Moi, depuis le lycée, je n'aime pas... Alors, ce n'est pas demain la veille que tu me verras chez Liza, surtout si elle philosophe sur son blog ! C'est trop sérieux pour moi !
Quichottine sourit... (Il paraît que c'est ce qu'elle fait le mieux : sourire... même quand il faudrait rester sérieux.)
Mais non... La Philosophie, c'est autre chose... J'en parlerai une autre fois.
Ce qui compte aujourd'hui, c'est de vous dire qu'on ne s'ennuie pas chez Liza... et que, pour les vacances, j'ai emporté avec moi le livre qui m'avait séduite.
Liza nous en montrait des extraits...et, moi, je tergiversais, comme si souvent ! J'ai des tonnes de livres qui m'attendent, alors, pourquoi celui-là ?
Peut-être pour
les mots, qu'elle citait et qui m'appelaient.
Le lendemain, elle découvrit le livre déposé sur son paillasson et elle se rendit à l'évidence. Panayotis était bel et bien parti. La porte béante sur la chambre vide le lui confirma. Elle rangea
le roman sans même l'ouvrir sur une des étagères, à côté de la poêle en fonte dans laquelle elle avait si souvent fait frire des boulettes de viande parfumées de menthe. Elle en conclut que les
marins n'étaient que des escales.
La Cantine littéraire, p.64
Ce jour-là, elle montra des boîtes à lettres... et une lettre de rupture.
Peut-être nous croiserons-nous de nouveau, si les évènements nous portent l'un vers l'autre, parce que nous en serons les maîtres. Sinon, nous nous laisserons porter par notre destin, comme des
bouteilles à la mer... Tes boulettes sont encore meilleures que celles que faisait ma mère. Avec toute mon affection. Je t'embrasse. Panayotis
La Cantine littéraire, p.63
Je ne sais pas pourquoi ça m'a touchée... Je lui ai écrit : "Je suis séduite."
Ce n'est pas tous les jours que je dis ça.
J'ai eu une furieuse envie de connaître ce Panayotis qui était capable, dans une lettre de rupture, d'avouer à celle qu'il quittait qu'elle cuisinait mieux que sa mère... Et ce destin fantastique
qui les malmenait, ce livre offert en cadeau, ces marins qui ne sont "
que des escales"...
Vous auriez fait quoi, vous ?
Je lui ai demandé le livre, elle me l'a envoyé... assez vite pour que je puisse l'emporter en voyage.
Sur la carte qui accompagnait mon livre, Liza me disait qu'elle aurait pu s'y rapporter et qu'elle me laissait découvrir pourquoi... Alors, bien évidemment, j'ai trouvé.
(Mais je ne dirai rien, même sous la torture, je voudrais que vous découvriez aussi pourquoi cette image des toits de Paris va si bien à ce roman...)
En attendant, que dire que vous ne trouveriez pas chez Liza, en lisant les articles qu'elle a composés pour la promotion de son livre ?
Que j'ai aimé...
(Mais, là, vous pourriez m'accuser de complicité bloguesque avec une aminaute de longue date...)
Que Liza a toutes les qualités des écrivains que j'aime...
(Là, il faudrait que je vous fasse une longue étude littéraire, et, comme ce n'est pas ce que je fais ici d'habitude, vous seriez déçus, elle aussi.)
Que ses personnages m'ont émue, touchée, plus que je ne pourrai jamais vous le dire...
C'est vrai.
J'ai aimé
Liza m'a fait découvrir un personnage merveilleux, d'une générosité extrême, quelqu'un qui aurait pu me ressembler un peu et qui m'a fait rêver, sourire, tout au long des 220 pages de son roman, et
qui m'a fait espérer pour "L" des jours meilleurs.
– L ? C'est un roman autobiographique ?
Pas du tout !
"L" c'est le surnom de Marie-Armelle, un surnom qu'elle s'est donné alors qu'elle n'était encore qu'une toute petite fille.
C'est une petite fille. Les passants lui sourient en la voyant trottiner, toute fière dans sa robe d'organdi, avec des nœuds de satin dans les cheveux qui retiennent à grand peine ses boucles
désordonnées. Certains lui demandent comment elle s'appelle. Avec gravité, elle répond de sa petite voix de fausset:
– "Elle, elle s'appelle Elle."
La mère hausse les épaules d'un air navré.
La grand-mère sourit. Le grand-père regarde ailleurs. Indifférent. Occupé à titrer sur le tuyau d'une pipe presque toujours éteinte.
Il avait bien fallu se rendre à l'évidence. On l'appellerait L.
D'ailleurs, c'était bien plus commode que Marie-Armelle. Et tout aussi féminin. De plus, ça avait l'avantage d'être court. Comme dans la famille on économisait tout, y compris la salive, ça
tombait bien.
La Cantine littéraire, p.9
"L" va grandir... sans trop savoir que faire de sa vie, avec pourtant beaucoup à vivre, à donner, à aimer.
Je pourrais vous raconter... un peu plus. Mais je ne le veux pas, parce que si je vous le disais, je casserais le rythme de l'écriture de Liza.
"L", c'est et ce n'est pas Liza. C'est un vrai personnage de roman, un roman où tout se mêle, comme dans un plat bien mijoté, pendant peut-être des années. Liza le précise en épilogue, pour ceux
sans doute qui, comme moi, auraient envie de lui faire vivre toutes ces aventures, de la voir lutter avec tant de hargne contre un destin qui, de Paris à Aghio Nikolao, va lui faire essuyer bien
des tempêtes et savourer des moments d'accalmie, de tendresse. Un destin dont on ne sait plus s'il est réalité ou fiction, où la romancière joue avec ses livres et leurs auteurs.
Les livres l'accompagnent et l'habitent, mais, chaque personnage rencontré au fil des pages prend vie en quelques lignes.
"Prend vie"... C'est tout à fait ce que j'ai ressenti en refermant son livre.
...
Merci, Liza. Je suis heureuse d'avoir pu te lire.
Vous avez dit