Dans la bibliothèque endormie, le lutin bleu s'active... il range, il nettoie, il sait qu'il doit maintenant faire en sorte que plus rien ne reste de ses folies des derniers jours, du temps où
chantonnant à tue-tête "Quand tu n'es pas là", il a tant bousculé de livres, tant vidé de tiroirs, que c'en était désolant.
Même les plus anciens visiteurs en étaient tout chavirés.
Alors, que dire de Quichottine ?
Quand elle était revenue de son long, très long voyage, elle avait posé sur lui un regard à la fois triste et interrogateur, sans rien dire, sans même gronder un peu. Elle s'était assise dans
l'immense fauteuil près de la cheminée sans feu, comme submergée par ce qui la dépassait.
Même par ennui, même par amour, comment avait-il pu ainsi, non pas déchirer les rideaux et manger tout le chocolat, ça, elle aurait compris, mais, laisser
s'installer les araignées, celle du matin et celle du soir qui a tant de peine à se mouvoir, et lui cacher Dieu sait où son grand livre bleu ?
C'était comme si l'ombre de la nuit avait réussi à cacher le soleil, après une grande bataille entre les branches de la quichottineraie...
Ceux des arbres qui avaient cherché à fuir cette violence avaient été rattrapés et enchaînés au sol pour ne pas qu'ils s'envolent.
Avez-vous entendu leurs cris tandis que l'ombre effaçait la lumière ?
Avez-vous réussi à les voir gémissant sous les coups de bûcherons infâmes qui les achevaient ?
Le Lutin bleu savait tout cela, il était maladroit, certes, il l'avait toujours été, mais il savait que lui seul avait le pouvoir de conjurer le mauvais sort et de réparer le mal qu'il avait
fait.
Dans la bibliothèque endormie, il allait d'une étagère à l'autre, il redressait les livres, ramassait les dossiers, rassemblait les crayons qui avaient caché leurs couleurs sous le bureau et les
grandes armoires.
Il retrouva même le plus ancien des stylos plumes de Quichottine au fond du tiroir aux secrets.
Il fallait qu'il ait achevé son ouvrage quand la Dame de la Bibliothèque rentrerait.
Il l'avait vu partir, là où elle savait trouver un peu de repos, là où elle ferait provision d'images apaisantes. Il avait peu de temps, à peine une semaine, ce serait peu, très peu.
Mais il savait aussi que Tricôtine lui avait promis qu'en suite, il pourrait habiller son vieux coussin troué d'une nouvelle taie.
Il l'avait aperçue travaillant dans un coin de son atelier, à la lueur d'une bougie...
Il en avait été ému... très.
C'était de sa faute à lui si elle manquait de lumière et si toute celle qu'elle avait engrangé dans ses souvenirs d'enfance, dans ses espoirs d'adolescente, dans ses amours passées et
présentes... si toute cette magnifique lumière, elle l'avait mise dans une grande, une immense boîte à rêves.
Et, malgré tout, elle avait décidé de la lui offrir...
(Pardon d'avoir décidé de laisser le Lutin bleu repasser la taie que tu lui as préparée... c'est un magnifique cadeau, Tricôtine, qui m'a touché beaucoup plus que je ne saurais le dire... Un
grand merci à toi... )
Cette image se trouve à la page 107 de notre "Boîte à Rêves".
Elle accompagne le conte écrit par Tricôtine. Mais je voulais
que vous sachiez qu'il ne s'agit pas d'un montage, d'un simple coloriage... il a fallu du temps pour le réaliser, beaucoup d'amour et d'espoir aussi.
Il faudra que je crée un jour le musée des objets offerts à la Bibliothèque et à ce lutin malicieux qui s'y cache le jour et retrouve la nuit les mots qui lui manquaient.
Merci encore pour tout, ce que vous êtes, ce que vous faites, tout ce que vous partagez ainsi, sans contrepartie.
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(La première image est de Gérard. Merci à lui. Un simple "clic" vous
permettra de la voir en grand dans son article original.)
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De vous à moi