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Il ne sert à rien de s'abîmer les yeux... (sourire)
Vendredi 18 juillet 2008
Mais que fait donc Quichottine lorsqu'elle n'est pas avec nous ?

... Eh bien... lorsque je ne suis pas en voyage, je lis... ou je raconte des histoires à mes enfants... ou, maintenant, à mes petits-enfants.

Lorsque mes enfants étaient petits, il y en avait une qu'ils adoraient, et que je devais tant leur lire que je n'avais même plus besoin du livre pour la leur raconter... C'est vrai... Elle n'est pas de moi !

Je l'avais découverte par hasard, et elle m'avait plu, à moi aussi.

Alors, qui sait ? Peut-être vous plaira-t-elle aussi ?

Vous êtes bien installés ? Vous avez même le droit de mettre le pouce dans votre bouche, comme font les enfants à l'école maternelle, juste avant l'heure des mamans...

Vous saviez qu'il y a des heures pour tout à l'école ? Des heures pour travailler, des heures pour jouer, des heures pour écouter une histoire, juste avant l'heure des mamans... cette heure où il faut quitter l'école pour rentrer à la maison.

Chut !
Écoute, écoute... je vais te raconter une histoire...


(Là, c'est vrai... je "copie" Dominique... D'habitude, c'est elle qui commence comme cela ses histoires...)

Le petit bonhomme de rien du tout.

Il était une fois un petit bonhomme de rien du tout. Il avait un nez de rien du tout; une bouche de rien du tout, il était habillé de rien du tout et portait des chaussures de rien du tout. Il se mit en route sur une route de rien du tout qui n'allait nulle part. Il rencontra une souris de rien du tout et il lui demanda :
  • - N'as-tu pas peur du chat ?
  • - Pas du tout, répondit la souris de rien du tout. Dans ce pays de rien du tout, il n'y a que des chats de rien du tout, qui ont des moustaches de rien du tout et des griffes de rien du tout. D'ailleurs, moi, je respecte le fromage. Je ne mange que les trous. Ils n'ont goût de rien du tout mais ils sont doux.
  • - La tête me tourne ! dit le petit bonhomme de rien du tout.
  • - Ce n'est rien du tout, voyons, tu as une tête de rien du tout ! Même si tu te la tapes contre un mur, ça ne te fera pas mal du tout.
Le petit bonhomme de rien du tout, voulant faire l'essai, chercha un mur pour y donner un coup de tête, mais c'était un mur de rien du tout, et, comme s'il avait pris trop d'élan; il tomba de l'autre côté. Là non plus, bien entendu, il n'y avait rien du tout... Le petit bonhomme de rien du tout en avait tellement assez de tout ce rien que, fatigué, il s'endormit. Et, tandis qu'il dormait, il rêva qu'il était un petit bonhomme de rien du tout et qu'il marchait sur une route de rien du tout ; il rencontrait une souris de rien du tout et se mettait lui aussi à manger les trous du fromage, et la souris avait bien raison : ils n'avaient vraiment goût de rien du tout.
(p. 140-141)

C'était l'avant-dernière du recueil, il y en a beaucoup, de ces histoires qui sont toutes assez courtes pour être racontées au téléphone par un papa en voyage, ou un papa qui ne peut pas être là, le soir, auprès de sa petite fille, de son petit garçon... ou même par une maman qui es partie, un soir et qui ne reviendra sans doute pas... Mais qui n'oublie pas pour autant sa petite fille... ou son petit garçon...

Et puis, pour tous, parce que nous sommes grands, que les contes sont aussi des mots que l'on dit, autrement, pour faire réfléchir les adultes, comme le faisait déjà Monsieur de La Fontaine il y a longtemps... une autre fable (J'ai eu du mal à choisir, il y en a tant que j'aime dans ce livre !) que je vais dédier à tous ceux qui un jour ou l'autre ont pensé que ce serait bien d'être un oiseau et de pouvoir voler...
Le feu bleu

Un jour, les feux de signalisation du grand carrefour de la place de la Cathédrale, à Milan, firent une chose étrange : soudain, tous ensemble, ils passèrent au bleu.
Les gens ne savaient plus comment se comporter : "Faut-il traverser ou attendre ?". "Faut-il attendre ou traverser ?"
De tous ses yeux, dans toutes les directions; le feu bleu diffusait son signal insolite, d'un bleu plus bleu que ne l'avait jamais été le ciel de Milan.
En attendant d'y comprendre quelque chose, les automobilistes klaxonnaient et s'injuriaient, les motocyclistes faisaient rugir leur pot d'échappement, tandis que des messieurs bedonnants et décorés hurlaient : "Vous ne savez pas à qui vous avez affaire ! Vous aurez de mes nouvelles !"
Des petits farceurs lançaient des plaisanteries :
  • - Le vert a été récupéré par le Ministère de l'environnement !...
  • - Ou par un P.D.G. pour sa villa à la campagne !
  • - Ils se sont servis du rouge pur repeindre les poissons du jardin public !
  • - Savez-vous où est passé l'orange ? Chez un gros marchand de sirops pour colorer sa cameloote !
Finalement arriva un agent de police, qui se plaça au milieu du carrefour pour décongestionner l'embouteillage. Un autre agent ouvrit le caisson des commandes pour réparer la panne, et coupa le courant.
Avant de s'éteindre, le feu bleu eut le temps de penser : "Pauvres gens ! J'avais donné le feu bleu pour le ciel. S'ils m'avaient compris; ils sauraient tous voler maintenant. Mais ils n'en ont peut-être pas eu le courage."
(p. 75-76)


Si ces deux "histoires" vous ont plu, il y en a d'autres à lire, à déguster, comme des bonbons au parfun de "trop peu"... ceux que l'on suce doucement pour en garder le plus longtemps possible le goût dans la bouche.





Gianni Rodari
Histoires au téléphone (Favole al telefono)
Traduites de l'italien par Roger Salomon
Éditions Messidor/La Farandole, 1986




(Le livre est accessible en format poche
aux Éditions Hachette ou La joie de lire)
par Quichottine publié dans : Livres lus
communauté : Les lectures de Florinette ajouter un commentaire commentaires (48)   
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Voilà, il ne vous reste plus ensuite qu'à recopier le code qui permet seulement de vérifier que nous n'êtes pas un robot... un extra-terrestre... enfin je ne sais quoi qui pourrait aussi venir me visiter...

Parfois il n'est pas simple à voir, mais si l'on se trompe, le code change... et il suffit de copier le nouveau.
Et puis enfin, vous envoyez le commentaire et j'y réponds.

Quichottine

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