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Camille Cam c'est La Vague et cette éclaboussure de lumière vert pâle dorée paillettes d'onyx et de feu douce fraîche et dansante... C'est La petite joueuse de flûte, c'est La Valse, et surtout c'est Sakountala !... dont le plâtre a été abandonné aux rats dans un cabanon du Musée de Châteauroux pendant 40 ans !
C'est la conscience d'un coup de ce que ça veut dire la création au féminin et la volonté rebelle de ne pas se laisser enfermer dans du massif parce que la sculpture ça peut être aussi du vent de l'eau du feu des papillons de lumière...
Et ça c'est Camille tout Cam dans sa robe de feu rouge virevoltant à l'aube au milieu de ses sculptures et les détruisant parce qu'on lui avait détruit sa vie de femme libre et sauvage !...
Camille n'a jamais été dans l'ombre de Rodin c'est lui qui était gêné par la force insensée de cette jeune femme aux yeux du bleu des champs de lin qu'il ne maîtrisait pas ne dominait pas... Il faut un peu cesser de penser à l'envers !
Après Camille Claudel voilà El Greco et ses personnages incroyables qui ont toute la modernité des peintures actuelles avec cette façon de déformer les corps qui m'a sacrément séduite quand j'apprenais à peindre... Moi qui étais carrément tout en perspective, voilà un peintre fabuleux qui a créé ses propres perspectives et qui tord la réalité au point qu'elle est encore plus vraie ! D'un coup ça y est ! J'ai compris...
Au lieu de me faire emprisonner à l'intérieur de cette science mathématique qui me fait horreur je peux déformer à fond tant que la justesse du regard y est... Bon, bien sûr qu'El Greco ça n'est pas que ça et la douceur la tendresse la pureté touchante de ses personnages qui ont des visages enfantins dans la pire des souffrances c'est ça qui fait qu'on n'peut pas les regarder comme d'autres peintures illustrant la Bible...
Je sais que tu es particulièrement sensible à ce peintre et moi aussi mais pour des raisons différentes vu que je ne l'ai découvert que tardivement et que je n'ai pas pu aller voir ses toiles quand j'ai été en Espagne, ni au Prado ni à Tolède ! Un drame terrible dont je ne suis pas remise ! Et en plus il s'appelle Domenico... de quoi m'identifier facile mais heureusement que les modèles de génie ne manquent pas en Espagne... J'ai oublié de te parler de Goya qui est la seconde fascination espagnole avec " Tres de Mayo " entre autres et surtout les gravures noires car j'aurais voulu être graveur alors Goya et Rembrandt...
La beauté fragile et fière des mains de ses créatures c'est vrai qu'elle est totalement émouvante et souvent il y a ce geste d'une main sur le coeur, tu as remarqué ? Moi aussi comme tu le dis je crois qu'un être sincère est forcément humain et proche quoi qu'on ait à son égard... Ceux d'El Greco le sont et leur innocence me cause trop !
Goya lui l'est c'est évident et en cela il me touche car il souffre avec en peignant et dans sa vie. Pour moi la création qui a du sens et un sens humain c'est ça ! Compatir avec son travail créateur son imaginaire sa solitude et sa bonté ou sa générosité (un créateur qui n'a pas envie de donner c'est un bouffon à mes yeux ) c'est toujours un langage vrai.
Et puis "Tres de mayo" est une autre histoire qui a eu une importance dans mon travail de lecture des manuscrits quand je travaillais comme responsable de rédaction d'une revue dont on m'a virée et comme co-fondatrice d'une édition de femmes. Une amie catalane a écrit un bouquin que je continue à trouver d'une beauté et d'une force rares que j'ai lu en manuscrit et que j'ai corrigé. C'était l'histoire d'une femme amoureuse dans la guerre d'Espagne un récit qui m'a fait aussitôt songer à Goya et ce livre s'appelle "Tres de mayo" On l'a publié et c'est dans mon souvenir une des choses les plus utiles que j'aie faite et je n'en ai pas fait tant que ça en littérature... Cette copine s'appelle Michèle Juan y Cortada de son nom d'écrivaine...
Elle m'a sans doute oubliée mais moi je pense très souvent à elle et à Goya...
J'ai regardé les cartons des tapisseries pour la Manufacture Royale et celui que j'aime beaucoup c'est "Le Pantin" avec son côté à la fois joyeux et désarticulé... La cassure c'est le mot juste concernant Goya et ce qui me touche et m'intéresse chez les créateurs et chez les gens c'est justement ce qu'il y a à l'intérieur de cette cassure et ce qu'ils en font... D'où mon amour pour "Tres" totalement immodéré...
Goya c'est aussi un autre moment douloureux quand après avoir été regarder le film qui porte son nom j'ai pleuré parce que je venais d'un seul coup de réaliser que je ne serais jamais peintre alors que j'avais cessé de peindre depuis... au moins sept ans...
Et là c'est un peintre comme lui qui pouvait faire naître ce deuil-là le plus dur de tous...
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