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Il ne sert à rien de s'abîmer les yeux... (sourire)
Samedi 23 février 2008
Avertissement

Ce billet comporte des liens que l'on peut visiter.
Ils apportent un "plus"
mais ne sont pas indispensables à la compréhension.

***

Sogo, aujourd'hui, m'a fait un immense cadeau...

Pour moi, sur son blog, l'une des rares vidéos qui existent de Jacques Brel dans L'Homme de la Mancha.

Cet Homme de la Mancha, je vous en ai déjà parlé à maintes reprises, sans oser vous en faire ... non, pas "tout un plat" mais un billet, un vrai, un truc qui lui permette de s'étaler en grand sur ma page.

Oui, c'est vrai, je vous en avais déjà dit deux mots... Vous ne vous en souvenez plus ?

Le 4 août de l'an dernier... à cause de (ou grâce à) Marie.

Elle n'est pas revenue très souvent, Marie, mais c'est de ma faute aussi, je l'ai peut-être un peu, beaucoup, moins visitée que d'autres... et pourtant... Sur son blog, tout à l'heure, j'ai été accueillie par Dalida en fond sonore... Le temps des fleurs, j'aime bien !

Donc, le 4 août, je publiais une "transposition" d'une fable de Jean de La Fontaine, pour Clerval... et je vous parlais de Marie, et de L'Homme de la Mancha.

Elle a écrit hier qu'elle associait Don Quichotte à Jacques Brel.

Moi aussi.

Jacques Brel, "L'Homme de la Mancha", j'ai eu la chance de pouvoir assister à l'une de ses représentations, au Théâtre des Champs-Élysées, à Paris. Depuis, ce grand seigneur de la chanson est resté pour moi, Don Quichotte, et aucun de ceux que j'ai pu voir depuis n'a pu le remplacer dans ma mémoire.


J'avais promis de vous en reparler, en suggérant que je pourrais le faire dans mon petit carnet...

Le temps a passé... Le 21 août, j'ajoutais un grand personnage dans mon dossier "auteurs". J'évoquais pour vous, Edmond Rostand. Vous me direz qu'il n'y a rien à voir...

(Vous savez... chaque fois maintenant que j'utilise cette expression, je pense à elle... son blog, le premier, celui où je l'ai rencontrée, s'appelait comme ça : Rien à voir.)

Mais si ! Comme chez Clerval, il y avait tout à voir. Rostand a créé un personnage magnifique, que j'adore... Cyrano. Vous savez bien qu'il est pour moi l'un de mes chevaliers préférés... J'en suis amoureuse depuis moins longtemps que de don Quichotte, mais il me fait toujours vibrer, comme si j'avais dix-huit ans... Cyrano, c'est un homme selon mon coeur, courageux, fort, fidèle, en amitié et en amour... et laid !

(Tant mieux, les autres ne me le prendront pas...)

Donc... sur ma page, ce jour-là, il y avait Cyrano... et le grand Jacques, aussi !
Je trouvais les vers de Rostand sublimes... Je l'avais vu au théâtre... sur l'écran d'un téléviseur en noir et blanc. L'acteur n'était pas laid. Mais combien de courage et d'abnégation dans les mots qu'il disait. J'admirais... Je le voyais aimer jusqu'à la déchirure...

...Ah... d'accord ! ça, c'est Brel, et "L'Homme de la Mancha" qui revient au galop. Il faut dire que don Quichotte est toujours volontaire quand il s'agit de défendre de bons sentiments.

Je suis d'accord, c'était à peine une allusion... un coin de page soulevé pour laisser s'échaper quelques mots de "La Quête" :
[...] Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer, même trop, même mal, [...]

Il y a tant de façons d'aimer... mais j'entends déjà Chris me dire que l'amour, ça ne peut pas durer, parce que l'amour, c'est la passion pour elle qui fait tout passionnément. C'est vrai que la passion peut exister...

Et justement, pour moi, cette passion, c'était Brel, ce grand monsieur, sur les planches d'un théâtre, jouant le rôle du Quichotte comme personne ne l'avait joué auparavant, comme nul ne saura jamais plus le jouer... enfin c'est ce que je pense aujourd'hui ... plus de ... oublions les années !

Il faut croire que ce n'est pas si facile d'oublier...

Le 3 septembre, j'évoquais Dulcinée, et, par conséquent, j'en revenais encore à ces mots...

Dans les mots de Jacques Brel, aimer, c'était "aimer trop, aimer mal"... mais il aimait, "jusqu'à la déchirure".

(Ah, mon "Homme de la Mancha" à moi,
il résonne encore dans mon coeur
plus de trente ans plus tard !)


J'ai failli tenir ma promesse le 10 octobre... Ce jour-là, je vous ai donné un lien pour vous rendre chez Pol, qui venait de publier un article pour l'anniversaire de la mort de Jacques Brel, le 9 octobre.

Ce n'était pas le bon moment... alors, du tiroir aux secrets, j'ai extrait un poème... "Bonheur"... un poème de ces années-là.

... et le temps, comme toujours, a passé.

Aujourd'hui, chez Sogo, je me suis dit que c'était le moment, qu'il fallait que je vous raconte...

Installez-vous... vous aurez quelques jours pour tout lire... encore.

Souvenez-vous, j'avais reçu à treize ans mon premier don Quichotte, en version originale, non sous-titrée. C'est un livre difficile à lire, pour moi qui ne faisais qu'apprendre cette langue qui est aujourd'hui encore chère à mon coeur.
J'en ai fait mon livre de chevet.

J'ai été placée dans un internat où tout est contrôlé... même les livres que l'on lit, surtout eux d'ailleurs. Celui-ci, en espagnol, est passé à travers les mailles du filet de la censure. Il est trop connu, trop estimé par tous. On me le laisse. Ce sera ma liberté.

Me volà en classe de première... Je ne quitte l’internat qu’aux vacances. Je fais partie de celles qui ne sortent pas le dimanche. Je suis pourtant devenue bonne élève. On m’apprécie malgré mes réparties qui frisent souvent l’insolence et que l’on me pardonne car j’ai l’excuse d’avoir perdu mes parents à six mois d’intervalle l’année précédente.
Orpheline, j’ai certains droits. Droit de perdre de temps en temps la mesure de ce qui se fait ou qui ne se fait pas. On me pardonne donc, et l’on essaie de me distraire.

Ce cadeau d’une soirée au théâtre des Champs-Élysées, cette année-là, restera à jamais gravé dans ma mémoire. Au programme, Jacques Brel.

Je ne suis pas très au courant de la carrière de ce monsieur. Je le découvre. C'est une révélation.

Sur scène, il y a mon Don Quichotte, celui qui est capable d'émouvoir, de faire rire ou pleurer. Il chante avec ce quelque chose qui est plus que la voix et qui émeut jusqu’aux larmes. Il vit son rôle plus qu’il ne le joue. Il est Cervantès et il est aussi le chevalier un peu fou qui avait parsemé mon enfance de ses rêves.

Je ne serai jamais fan de Jacques Brel, dans le sens que l’on donne à ce mot aujourd’hui. Je ne vais pas me jeter à son cou, je ne vais pas hurler mon adoration pour lui. Ce que je ressens ce jour-là, cela ne s’explique pas.

Ce sont les premières images réelles que je peux voir de Don Quichotte.

Bien sûr, j’avais admiré quelques œuvres d’art, des reproductions de Daumier ou de Picasso…mais ce n'est pas pareil.

Ici, Don Quichotte est vivant, il vibre, il chante.
C’est un mélange de son et de lumière, une image impossible à décrire.

Quelques jours plus tard, je parlerai de L’Homme de la Mancha avec mon professeur d’espagnol. Ce sera notre premier désaccord. Elle refuse l’adaptation qui a été faite. Don quichotte ne peut pas tomber amoureux d’une putain. Moi, je pense que si.

A l’époque de Cervantès, qu’un gentilhomme puisse prendre pour dame une paysanne est inadmissible. C’est la preuve même de sa folie. S’il n’était pas fou, il ne pourrait même pas la regarder. Nous vivons au vingtième siècle. Les spectateurs n’ont pas les mêmes références. Un conte de fée moderne ne marie plus le fils du roi à la bergère.

Nous ne sommes qu’en 1969… mais vingt ans plus tard, le cinéma américain va actualiser le débat : le milliardaire tombera amoureux de la putain et leur amour en fera une dame (Pretty woman, 1990).

Je pense que le contraste parle plus au public de Monsieur Brel. Il est plus vraisemblable. La paysanne n’aurait aucune raison de se retrouver dans une geôle avec Cervantès, la putain oui.

Brel chante « Écoute-moi, pauvre monde, insupportable monde… », il chante son amour pour Dulcinée, il chante son espoir insensé d’atteindre l’inaccessible étoile… Je vais faire de ce chant mon hymne personnel.

« Rêver, un impossible rêve », c’est aussi mon histoire.




par Quichottine publié dans : Don Quichotte
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Parfois il n'est pas simple à voir, mais si l'on se trompe, le code change... et il suffit de copier le nouveau.
Et puis enfin, vous envoyez le commentaire et j'y réponds.

Quichottine

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