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Il ne sert à rien de s'abîmer les yeux... (sourire)
Mercredi 13 février 2008
Il y a quelque temps, presqu'un mois déjà... je vous ai promis de vous présenter le seul livre que j'aie jamais lu d'Anatole France.

Vous savez comme le temps passe vite ! Pour peu que je vienne vous rendre visite, je n'ai plus le temps de rien, c'est une catastrophe !

Un mois a passé... mais là, il faut bien que je le range, ce vieux Livre de Poche qui traîne sur le coin de mon bureau... depuis le quatorze janvier !

Sur la couverture, le nom de l'auteur apparaît comme une signature, au-dessus d'un portrait un peu ancien. J'imagine bien... un daguerréotype en noir et blanc auquel le temps a donné de pâles reflets sépia. Un peu plus bas, le titre, sur trois lignes :
LE
LIVRE
DE MON AMI

Il était resté très longtemps sur mes étagères...  J'en avais gardé une impression de douceur, de veillées au coin du feu, de fraîcheur enfantine. Je l'ai feuilleté de nouveau, avec un peu de honte.

Vous est-il déjà arrivé de téléphoner à un ami (un ami de la vraie vie) que vous n'avez pas cherché à joindre depuis trop longtemps ? C'est cela que je ressentais... l'impression de l'avoir abandonné, de ne pas avoir cherché à obtenir de ses nouvelles... Pourquoi ? Par paresse, par lassitude, par envie de faire autre chose... On trouve toujours des raisons... Jusqu'au moment où l'on a honte !

Moi, je l'avoue, ça m'est déjà arrivé
et je n'en étais pas fière !

Avec ce livre-là, c'était comme ça ! J'avais promis de vous en parler, mais, je ne m'en souvenais plus. Il y avait si longtemps !

Pensez... je n'avais pas encore vingt ans ! Pour être plus précise, j'avais  à peine dix-huit ans. Le bel âge pour faire des bêtises, à ce qu'il paraît ! Moi, à cet âge-là, je préférais rêver... et travailler aussi.

(Attention, je n'ai pas dit non plus que je ne faisais jamais de bêtises, mais, cette année-là, j'allais passer mon bac... Comme à d'autres avant moi, quelqu'un de très sensé m'avait dit : "Passe ton bac d'abord !")

J'ai encore digressé ! Vraiment, je suis impossible ! Comme le dit si bien Bandolera, dans la bibliothèque, on vous accueille autour d'une tasse de thé ! ...

Euh, je connais quelqu'un qui me dirait aussi : "Thé toi et lis !"... Forcément, si l'on parle de thé...

Non, je voulais vous présenter ce livre...

L'éditeur évoque les souvenirs d'enfance qu'on peut y lire :

Le livre de mon ami est un recueil de souvenirs d'enfance, vrais ou rêvés, un des plus délicieux jamais composés sur ce temps où l'enfant découvre peu à peu le monde qui l'entoure.


Je ne vous montrerai pas les deux livres, celui de Pierre et celui de Suzanne qui se succèdent... mais seulement quelques épisodes, juste pour vous en donner le goût, comme si j'avais préparé un bon plat, ou un gâteau, et que je vous laisse lécher la cuillère...

Parfois, cela suffit !

En première page, comme une introduction, et une date incomplète : 31 décembre 188... Fin d'année. Réveillon.

J'imagine cet homme, cet écrivain, Académicien de surcroît, qui vient d'achever son ouvrage... "Vingt fois sur le métier..." C'est Boileau qui le disait. Mais là, il s'agit d'un homme qui, "Au milieu du chemin de la vie", se penche sur son passé, sur les années qui se sont écoulées, et qui s'installe, comme je m'installe avec vous. Lui, il va vous raconter des souvenirs, ceux qu'il ne veut pas perdre.

Il vous raconte, et, pour ce faire, il commence par le premier vers de La Divine Comédie de Dante. Un livre que je n'ai pas encore lu... La citation plairait à Chris, parce qu'elle est en italien, langue qu'elle maîtrise parfaitement bien.
Nel mezzo del caminn di nostra vita...

Sa vie...Il l'aime encore, et il le dit :
Je ne l'accuse pas. Elle ne m'a pas fait les blessures qu'elle a faites à tant d'autres. Elle m'a même caressé par hasard, la grande indifférente ! En retour de ce qu'elle m'a pris ou refusé, elle m'a donné des trésors auprès desquels tout ce que je désirais n'était que cendre et fumée. Malgré tout, j'ai perdu l'espérance, et, maintenant, je ne puis entendre dire "A demain !" sans éprouver un sentiment d'inquiétude et de tristesse.
Non, je n'ai plus confiance en mon ancienne amie la vie. Mais je l'aime encore. (p.8-9)

Après, les souvenirs s'égrènent, au fil de chapitres très brefs... Je savoure.
Je revois des moments, non de mon enfance mais de celle de mes enfants... Les rites du coucher, vous connaissez ?
C'était toute une affaire de me coucher. Il y fallait des supplications, des larmes, des embrassements. Et ce n'était pas tout : je m'échappais en chemise et je sautais comme un lapin. Ma mère me rattrapait sous un meuble pour me mettre au lit. C'était très gai.
Mais, à peine étais-je couché que des personnages tout à fait étrangers à ma famille se mettaient à défiler autour de moi. (p.12)

L'imagination du petit garçon est débordante... J'imagine assez ce qu'il pouvait ressentir au moment où l'on éteignait la lumière. "N'éteins pas la lumière..." C'est ce que me disait ma fille à cet âge, et ce que me dit à présent ma petite-fille... bien que je n'aie jamais eu à aller les chercher sous un meuble !

Premier amour
... celui qu'il éprouve pour la dame en blanc, l'une des deux dames qui habitent la même maison, de l'autre côté de la cour. Il faudrait que je vous le lise en entier, que je vous laisse découvrir ces deux dames, qui n'ont pas d'âge dans le souvenir de l'enfant, mais qui "sentaient bon" ! La dame en blanc, c'est celle qui dit de lui "C'est mon petit mari." L'histoire est tendre, comme seules peuvent l'être des amours enfantines. On rit, on pleure aussi, comme la dame en blanc.

[...] elle riait de ce que je disais ou bien elle ne m'écoutait pas parler. La dame en blanc avait ces deux défauts, sans compter un troisième qui me désespérait : celui de pleurer, de pleurer, de pleurer. Ma mère m'avait dit que les grandes personnes ne pleuraient jamais. Ah ! c'est qu'elle n'avait pas vu comme moi la dame en blanc, tombée de côté sur un fauteuil, une lettre ouverte sur les genoux, la tête renversée et son mouchoir sur les yeux. (p.17)

Le petit garçon observe. Il grandit. J'adore ce qu'il dit de sa mère.

Ma mère [...] passait sa journée dans le petit salon, devant sa table à ouvrage. Je jouais à ses pieds sur le tapis, avec un mouton qui n'avait que trois pieds, après en avoir eu quatre, en quoi il était indigne de figurer avec les lapins à deux têtes dans la collection tératologique de mon père ; j'avais aussi un polichinelle qui remuait les bras et sentait la peinture : il fallait que j'eusse en ce temps-là beaucoup d'imagination, car ce polichinelle et ce mouton me représentaient les personnages divers de mille drames curieux. Quand il arrivait quelque chose de tout à fait intéressant au mouton ou au polichinelle, j'en faisais part à ma mère. Toujours inutilement. Il est à remarquer que les grandes personnes ne comprennent jamais bien ce qu'expliquent les petits enfants. Ma mère était distraite. Elle ne m'écoutait pas avec assez d'attention. C'était son grand défaut. Mais elle avait une façon de me regarder avec ses grands yeux et de m'appeler « petit bêta » qui raccommodait les choses.
Un jour, dans le petit salon, laissant sa broderie, elle me souleva dans ses bras et, me montrant une des fleurs du papier, elle me dit :
« Je te donne cette rose. »
Et, pour la reconnaître, elle la marqua d'une croix avec son poinçon à broder.
Jamais présent ne me rendit plus heureux. (p.25)


Je pourrais vous en parler encore, vous raconter les anecdotes... mais, je réfère vous laisser les découvrir, comme je viens, moi-même, de les retrouver sur les pages jaunies de mon vieux, très vieux, Livre de Poche.

Je ne sais pas ce que vous en penserez, mais, moi, je me suis régalée !


Anatole France
Le Livre de mon ami
Calmann-Lévy, "Le Livre de poche", 1970
par Quichottine publié dans : Livres lus
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Voilà, il ne vous reste plus ensuite qu'à recopier le code qui permet seulement de vérifier que nous n'êtes pas un robot... un extra-terrestre... enfin je ne sais quoi qui pourrait aussi venir me visiter...

Parfois il n'est pas simple à voir, mais si l'on se trompe, le code change... et il suffit de copier le nouveau.
Et puis enfin, vous envoyez le commentaire et j'y réponds.

Quichottine

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