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Il ne sert à rien de s'abîmer les yeux... (sourire)
Mardi 2 octobre 2007
Je parlais d'un recueil de poèmes... En fait, il faudrait que je vous parle d'un auteur, un poète bien particulier dont le nom signifiait "personne" en portugais.


Si l'on en croit le dictionnaire, Fernando Pessoa est né à Lisbonne en 1888 et mort au même endroit en 1935.



Mon Petit Larousse le présente ainsi :
Poète portugais. Il publia, à travers des "hétéronymes", ou personnes fictives représentant ses divers moi, une oeuvre lucide et somptueuse, qui exerça après sa mort, une grande influence sur le lyrisme portugais ("Poésies d'Alvaro de Campos", "Poèmes d'Alberto Careiro", "Odes de Ricardo Reis", "Livre de la tranquillité de Bernardo Soarès").



La présentation est brève, mais suffisante pour ceux qui ne cherchent pas l'encyclopédisme...


Je voulais seulement savoir qui c'était.
L'inventeur du mot "hétéronyme". Le mot a été créé pour lui et je  me dis qu'il a fait avant nous ce que nous faisons tous plus ou moins, derrière des pseudonymes auxquels nous attribuons des modes de pensée et d'agir différents.



Qui y a-t-il derrière un pseudo ? un avatar ?
Qui accepte volontiers de se montrer au grand jour ? Qui au contraire décide de parcourir notre monde artificiel (mais qui ne l'est pas tant !) sous des tenues d'Arlequin ?



Je crois qu'il y a dans chacun de nous trop de personnages que nous bridons dans notre quotidien ... Oui, parce que c'est absolument impossible d'être un jour blanc et l'autre noir, de s'envoler comme un aigle ou de fendre les flots comme un dauphin tout en musardant au soleil comme un lézard et en galopant à travers la plaine comme le ferait le zèbre, en acceptant d'être tour à tour l'un ou l'autre, au gré de notre humeur, sans tenir compte de notre entourage.




L'écriture seule permet de libérer nos "moi", même les plus secrets.



Après, libre à nous de la faire partager, de dire que l'on se sent plus proche de tel ou tel, de rêver à ce que nous aurions pu être si...


Avec des "si" il y a bien longtemps que l'on aurait mis Paris en bouteille et moi, voyez-vous, je serais à l'Académie Française... j'aurais été la première femme sous la coupole !


Ah ... c'est vrai... Marguerite m'a rafflé la vedette !

Alors, je ne le serais pas... je serais la première femme à refuser d'y entrer !!!



Je plaisante. L'Académie, c'est le rêve de tout écrivain, enfin, je le suppose.


Fernando Pessoa, lui, avait de nombreux rêves, et comme de nombreux poètes, il lui arrivait de se sentir un peu "autre". Il l'écrivait. il devenait l'un de ses personnages, le temps de mettre en mots l'un des moments que les autres n'auraient pas pu vivre.



Je vous en parlais... l'autre jour.



Lorsque Cervantès veut se moquer de Dulcinée, la ramener à la presque réalité, il ne fait parler ni Don Quichotte ni  son créateur, il s'invente un autre auteur... Quelqu'un d'un peu lointain, un mécréant... qui pourra donc blasphémer et dire que Dulcinée n'est pas une noble dame... Il invente Cid Hamet Ben Engeli...



Ce n'est pas si facile de faire dire aux autres les mots qu'on ne dit pas.


Fernando Pessoa... J'y reviens. j'ai longtemps gardé en moi un poème, en portugais, que j'avais découvert alors que j'étudiais cette langue, en première année de licence.

Álvaro de Campos
Na Casa Defronte

    Na casa defronte de mim e dos meus sonhos,
    Que felicidade há sempre!
    Moram ali pessoas que desconheço, que já vi mas não vi.
    São felizes, porque não sou eu.

    As crianças, que brincam às sacadas altas,
    Vivem entre vasos de flores,
    Sem dúvida, eternamente.

    As vozes, que sobem do interior do doméstico,
    Cantam sempre, sem dúvida.
    Sim, devem cantar.

    Quando há festa cá fora, há festa lá dentro.
    Assim tem que ser onde tudo se ajusta -
    O homem à Natureza, porque a cidade é Natureza.

    Que grande felicidade não ser eu!

    Mas os outros não sentirão assim também?
    Quais outros?  Não há outros.
    O que os outros sentem é uma casa com a janela fechada, 
    Ou, quando se abre,
    É para as crianças brincarem na varanda de grades, 
    Entre os vasos de flores que nunca vi quais eram. 
    Os outros nunca sentem.

    Quem sente somos nós,
    Sim, todos nós,
    Até eu, que neste momento já não estou sentindo nada.

    Nada!  Não sei...
    Um nada que dói  ...

 
... ça ne vous dit sans doute pas grand chose... Je dois dire, qu'après de nombreuses années pendant lesquelles je repensais de temps à autre à ce "rien" qu'il ressentait et qui faisait pourtant si mal, j'ai voulu en retrouver la magie, relire, si possible en V.O., mais avec une traduction... fiable ? Je ne sais pas... D'un "vrai" traducteur.



Je n'ai pas trouvé d'édition bilingue, mais j'ai trouvé les poèmes traduits chez Gallimard... édition "sérieuse" donc.



Voilà ce que ça donne, en Français.
16 juin 1934

Dans la maison qui fait face à moi et à mes rêves,
quel bonheur règne toujours !

Là habitent des gens que je ne connais pas, que j'ai vu
          sans les voir
Ils sont heureux, parce qu'ils ne sont pas  moi.

Les enfants, qui jouent sur les hauts balcons,
vivent parmi des vases de fleurs,
sans doute éternellement.

Les voix, qui montent de l'intérieur des communs,
chantent toujours, sans nul doute,
oui, elles doivent chanter.

Quand il y a fête ici dehors, il y a fête là-dedans.
Ainsi doit-il en être là où tout s'ajuste -
l'homme à la Nature, parce que la ville est Nature.

Quel grand bonheur de n'être pas moi !

Mais les autres n'auraient-ils pas le même sentiment ?
Quels autres ? Les autres n'existent pas.
Ce que les autres sentent est une maison à fenêtre close,
ou bien, lorsqu'elle s'ouvre,
c'est pour permettre aux enfants de jouer sur la véranda
          grillagée,
entre des vases de fleurs dont je n'ai jamais rien vu.
Jamais les autres ne sentent.

Ceux qui sentent, c'est nous,
oui, nous tous,
jusqu'à moi, qui en ce moment ne sens déjà plus rien.

Rien ? Je ne sais...
Un rien qui fait mal...


Fernando Pessoa,
Le Gardeur de troupeau et les autres poèmes d'Alberto Caeiro
avec Poésies d'Alvaro de Campos,
préface et traduction d'Armand Guibert,
NRF, Poésie, Gallimard, 2005.



NB : Pour rebondir sur un commentaire de Clerval, un autre poème est disponible ici.
par Quichottine publié dans : Mes auteurs
communauté : SOIF DE LIRE... ajouter un commentaire commentaires (21)   
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Voilà, il ne vous reste plus ensuite qu'à recopier le code qui permet seulement de vérifier que nous n'êtes pas un robot... un extra-terrestre... enfin je ne sais quoi qui pourrait aussi venir me visiter...

Parfois il n'est pas simple à voir, mais si l'on se trompe, le code change... et il suffit de copier le nouveau.
Et puis enfin, vous envoyez le commentaire et j'y réponds.

Quichottine

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